
Anomaé, ou la mémoire végétale d'un causse oublié
Au lieu-dit Les Music, à sept kilomètres de toute route goudronnée, l'atelier d'Anomaé occupe un ancien corps de ferme caussenard dont les murs de pierre sèche ont trois siècles. Sophie Maillard y distille le calendula, la camomille romaine et le millepertuis selon un calendrier lunaire hérité des anciens herboristes du causse. « Mon grand-père ne disait pas herboriste, il disait simpliste. C'est un mot que j'aime : il rappelle que tout repose sur des gestes simples, posés au bon moment. »
« Le causse n'est pas pauvre. Il est exigeant. Il donne peu, mais ce qu'il donne est concentré, puissant, profondément enraciné. »
L'alambic — un modèle en cuivre de 150 litres, fabriqué à Sarlat en 1962 — trône au centre de l'atelier. La distillation à la vapeur d'eau dure entre quarante minutes et deux heures selon la plante. Sophie surveille la température au thermomètre à alcool, refuse le numérique. « Le cuivre parle. Quand il change de son, je sais qu'il est temps de fermer la vanne. »
Les flacons sont étiquetés à la main, numérotés par lot. Chaque lot porte le nom du champ d'origine — Le Pech Haut, La Combe de l'Aigle, Les Combes Noires — et la date de cueillette. « Mes clientes veulent savoir d'où vient ce qu'elles mettent sur leur peau. Je leur donne mieux qu'une traçabilité : je leur donne une géographie. »